Némolizumab : une nouvelle option thérapeutique dans la prise en charge de la dermatite atopique et du prurigo nodulaire
L’arrivée du némolizumab en France constitue une avancée dans la prise en charge des maladies inflammatoires chroniques de la peau, en particulier la dermatite atopique modérée à sévère et le prurigo nodulaire.
Il ne s’agit pas simplement d’un nouveau traitement, mais de la validation clinique d’une nouvelle cible thérapeutique : l’IL-31, identifiée comme un acteur central du prurit.
En février 2025, la Commission européenne a accordé une autorisation de mise sur le marché au némolizumab pour la dermatite atopique modérée à sévère (à partir de 12 ans) et le prurigo nodulaire modéré à sévère chez l’adulte, sur la base des essais de phase III ARCADIA (dermatite atopique) et OLYMPIA (prurigo nodulaire), montrant une réduction significative et rapide du prurit ainsi qu’une amélioration des lésions cutanées par rapport au placebo (British Journal of Dermatology, 2024–2025).
Pour quels patients ?
Le némolizumab est indiqué et remboursé en France pour :
- la dermatite atopique modérée à sévère à partir de 12 ans
- le prurigo nodulaire modéré à sévère chez l’adulte
Dans le prurigo nodulaire, le cercle vicieux démangeaisons–grattage–lésions nodulaires entretient la maladie. Les études OLYMPIA ont montré une amélioration rapide et cliniquement significative du prurit, avec un impact secondaire sur la régression des lésions.
Quel est son mode d’action ?
Le némolizumab est un anticorps monoclonal humanisé ciblant le récepteur de l’IL-31 (IL-31RA).
L’IL‑31 est une molécule produite par certaines cellules du système immunitaire. Elle joue un rôle clé dans la sensation de démangeaisons.
Concrètement :
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Dans certaines maladies de la peau, comme la dermatite atopique ou le prurigo nodulaire, le corps produit trop d’IL‑31.
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Cette molécule se fixe sur des récepteurs présents sur les terminaisons nerveuses de la peau, et envoie un signal au cerveau qui est perçu comme des démangeaisons.
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Plus il y a d’IL‑31, plus les démangeaisons sont fortes et persistantes.
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Les démangeaisons entraînent le grattage, qui favorise l’inflammation et l’apparition de nouvelles lésions, créant un cercle vicieux : démangeaisons → grattage → aggravation de la peau → nouvelles démangeaisons.
Cette approche illustre l’évolution vers une dermatologie intégrant pleinement la dimension neuro-immunologique des dermatoses inflammatoires.
Ce que révèle cette avancée
L’identification et la validation clinique de l’axe IL-31 confirment :
- que le prurit est un mécanisme pathophysiologique central
- que la recherche progresse vers des cibles de plus en plus spécifiques
- que la prise en charge devient progressivement plus personnalisée
Ces dernières années, plusieurs voies ont été identifiées (IL-4, IL-13, JAK), et l’IL-31 vient compléter cette compréhension fine des mécanismes impliqués.
Pour les patients en échec thérapeutique ou insuffisamment contrôlés, cela représente une option supplémentaire à discuter, notamment lorsque les démangeaisons demeurent le symptôme principal malgré un traitement adapté.
Némolizumab : ce qu’il faut savoir
- Forme : solution injectable en seringue ou stylo prérempli.
- Voie d’administration : injection sous-cutanée.
- Fréquence : administration mensuelle (selon schéma posologique en vigueur).
- Dose : adaptée au poids et à l’indication (voir RCP officiel).
- Conservation : possibilité de conservation à température ambiante pendant une durée limitée, facilitant l’usage en pratique.
- Tolérance : profil globalement favorable dans les essais cliniques ; œdèmes périphériques rares et le plus souvent transitoires.
En conclusion
Le némolizumab illustre une avancée fondée sur une meilleure compréhension des mécanismes du prurit et de l’interaction entre système immunitaire et système nerveux.
Il élargit les possibilités thérapeutiques dans la dermatite atopique et le prurigo nodulaire, notamment pour les patients insuffisamment contrôlés par les traitements existants.
Comme pour toute biothérapie, l’indication relève d’une évaluation individualisée, discutée au cas par cas avec le dermatologue, en tenant compte du profil clinique, de la sévérité et des traitements antérieurs.
Publié le 18/02/2026






