Psoriasis et risque cardiovasculaire : lever les freins à l’orientation en cardiologie
Le psoriasis expose à un risque cardiovasculaire accru, mais le recours au cardiologue reste rare. Présentés au congrès de la Société européenne de cardiologie (ESC 2026) à Munich du 28 au 31 août 2026, ces travaux montrent que près de six patients psoriasiques à haut risque cardiovasculaire sur dix n’ont eu aucune consultation de cardiologie en deux ans, alors qu’ils sont presque tous suivis par leur médecin traitant. Ils sont issus d’un travail de thèse auquel RESO Dermatologie apporte son soutien.
Le psoriasis, une maladie inflammatoire aux conséquences cardiovasculaires
Le psoriasis n’est pas une maladie limitée à la peau. L’inflammation chronique qui le caractérise s’accompagne d’un surrisque cardiovasculaire largement documenté, aux côtés d’autres comorbidités du psoriasis comme le syndrome métabolique, le diabète de type 2 ou l’hypertension artérielle. Les recommandations internationales invitent donc à évaluer le risque cardiovasculaire de façon systématique chez ces patients. Reste à savoir ce qu’il en est dans la vraie vie, au sein d’un système de soins organisé autour du médecin traitant.
Une étude sur 10 331 patients psoriasiques à partir des données de l’Assurance maladie
Cette étude transversale a été menée à partir des données de remboursement de la CPAM de la Loire entre août 2023 et août 2025. Au total, 10 331 adultes traités pour un psoriasis ont été analysés. Plus d’un sur deux (53,9 %) présentait au moins un facteur de risque cardiovasculaire et 14,4 % une maladie cardiovasculaire déjà constituée.
Un suivi en soins primaires quasi universel, un recours au cardiologue minoritaire
Le lien avec les soins primaires est presque total : 97,5 % des patients psoriasiques à haut risque cardiovasculaire avaient consulté leur médecin traitant sur la période. Pourtant, 57,4 % d’entre eux n’avaient bénéficié d’aucune consultation de cardiologie.
Le recours au cardiologue augmente bien avec le niveau de risque. La proportion de patients sans avis cardiologique passe de 71,3 % chez ceux qui ne présentent qu’un seul facteur de risque cardiovasculaire à 35,4 % chez ceux qui en cumulent trois ou plus. Même dans ce groupe le plus exposé, un patient sur trois n’a jamais vu de cardiologue.
Sexe et précarité : une inégalité d’accès à l’avis spécialisé
L’analyse multivariée fait apparaître une dimension d’équité dans l’accès aux soins. À risque clinique comparable, être une femme (aOR 1,23) ou bénéficier de la CMU-C (aOR 1,31) augmente la probabilité de ne pas accéder à une consultation de cardiologie.
Ce que ces résultats changent pour le parcours de soins du psoriasis
Trois pistes se dégagent pour les auteurs :
- intégrer l’évaluation systématique du risque cardiovasculaire au suivi dermatologique du psoriasis ;
- structurer les parcours de recours vers la cardiologie afin d’en garantir un accès équitable, indépendamment du sexe et du niveau socio-économique ;
- engager des études longitudinales à l’échelle nationale pour mesurer l’effet de ces parcours sur la survenue des événements cardiovasculaires.
Le lien avec le médecin traitant existe donc bien. C’est le relais vers le spécialiste qui reste à construire, pour transformer la porte d’entrée en véritable passerelle.
Le soutien de RESO Dermatologie
Ces travaux s’inscrivent dans la thèse de Mai Son, à laquelle RESO Dermatologie apporte son soutien, dans la continuité de son engagement pour une approche globale des maladies inflammatoires chroniques de la peau, au croisement de la ville et de l’hôpital.
Questions fréquentes
Le psoriasis augmente-t-il le risque cardiovasculaire ?
Oui. L’inflammation chronique associée au psoriasis contribue à un surrisque cardiovasculaire documenté, d’autant plus marqué que la maladie est sévère ou ancienne. Dans cette étude, 53,9 % des patients présentaient au moins un facteur de risque cardiovasculaire et 14,4 % une maladie cardiovasculaire établie.
Quels patients psoriasiques devraient consulter un cardiologue ?
Ceux qui cumulent des facteurs de risque cardiovasculaire (hypertension, diabète, dyslipidémie, tabagisme, obésité) ou qui présentent déjà une maladie cardiovasculaire. Les résultats montrent que même dans ce groupe, un tiers des patients n’a eu aucune consultation de cardiologie sur deux ans.
Quel rôle pour le dermatologue dans le dépistage cardiovasculaire ?
La consultation de dermatologie est souvent le point de contact le plus régulier pour ces patients. Elle constitue un levier direct pour repérer les facteurs de risque, les tracer dans le dossier et formuler explicitement la demande d’avis cardiologique auprès du médecin traitant.
Référence :
Son M, Bongue B, Franck T, Rondelard C, Viallard D, Cizeron G, Maccari F, Simonian D, Trombert B, Perrot JL. High-Risk Psoriasis Patients Are Not Consistently Escalated to Cardiovascular Specialist Care. E-poster, ESC Congress 2026, Munich, 28-31 août 2026.
Auteur : Dalila Simonian, directrice développement et communication RESO.
Publié le 15/09/26







