Pelade sévère et vitiligo : un traitement par comprimés autorisé en Europe
Le 29 juillet 2026, la Commission européenne a autorisé l’upadacitinib dans la pelade sévère et dans le vitiligo non segmentaire, chez l’adulte et l’adolescent à partir de 12 ans. Deux maladies longtemps dépourvues de traitement autorisé, deux situations pourtant très différentes. Voici comment cela fonctionne, qui est concerné, et ce qu’il faut savoir, que vous viviez avec l’une de ces maladies ou que vous accompagniez des personnes qui en sont atteintes.
Deux maladies qui se ressemblent plus qu’on ne le croit
La pelade et le vitiligo sont deux maladies auto-immunes de la peau. Le système immunitaire, qui protège normalement l’organisme, se retourne contre une cible précise : le follicule pileux dans la pelade, ce qui bloque la repousse des cheveux et des poils, et le mélanocyte dans le vitiligo, la cellule qui fabrique le pigment de la peau, ce qui laisse apparaître des taches claires.
Ni l’une ni l’autre n’est contagieuse. Ni l’une ni l’autre n’est causée par le stress, même si le stress peut accompagner les poussées. Ce sont des maladies chroniques : on ne les fait pas disparaître, mais on peut agir sur leur évolution.
Comment fonctionne ce traitement ?
Le principe
Dans les deux maladies, des cellules immunitaires, les lymphocytes, s’accumulent dans la peau et entretiennent l’inflammation en produisant des messagers chimiques. Ces messagers attirent d’autres lymphocytes, qui produisent à leur tour des messagers : c’est un cercle qui s’auto-entretient et qui explique pourquoi la maladie s’installe et revient au même endroit.
Pour transmettre leur signal à l’intérieur des cellules, ces messagers passent par une voie de communication commune, appelée voie JAK. L’upadacitinib bloque une des enzymes de cette voie. En interrompant le message, il interrompt le cercle. C’est ce qui explique qu’une même molécule puisse agir dans deux maladies d’apparence très différentes.
Ce traitement se prend par voie générale (par comprimés), à raison d’une prise par jour. Il appartient à la famille des inhibiteurs de JAK, qui compte déjà des molécules utilisées en dermatologie et en rhumatologie, et qui a son propre cadre de prescription et de suivi.
Une différence essentielle entre les deux maladies
Dans la pelade, le follicule pileux n’est pas détruit. Il est mis au repos par l’inflammation. C’est pour cela qu’une repousse reste possible, même après plusieurs années sans cheveux.
Dans le vitiligo, les mélanocytes ont disparu des zones dépigmentées. Repigmenter suppose donc que de nouvelles cellules pigmentaires soient recrutées, notamment à partir des follicules pileux, puis migrent et se remettent à fabriquer du pigment. Cela prend du temps, et cela explique pourquoi le visage, riche en follicules, repigmente mieux que le dos des mains ou les pieds.
Enfin, dans les deux cas, l’effet du traitement est suspensif : il agit tant qu’il est pris. À l’arrêt, la durée de la rémission est variable, plus ou moins longue selon les personnes.
Pour qui ?
Dans la pelade
Le traitement est autorisé dans la pelade sévère, chez l’adulte et l’adolescent à partir de 12 ans. Sévère signifie ici que l’atteinte du cuir chevelu est étendue : dans les essais, au moins la moitié du cuir chevelu était touchée.
Les formes limitées, avec quelques plaques d’apparition récente, ne relèvent pas de cette indication et gardent leurs prises en charge habituelles.
Dans le vitiligo
Le traitement est autorisé dans le vitiligo non segmentaire, la forme la plus fréquente, chez l’adulte et l’adolescent à partir de 12 ans, lorsqu’un traitement par comprimés est justifié. Le vitiligo segmentaire, qui touche souvent un seul côté du corps et évolue différemment, n’est pas concerné.
Dans les essais, plus des trois quarts des participants avaient plus de 10 % de la surface du corps atteinte, avec une quinzaine d’années d’évolution en moyenne. C’est précisément la situation des personnes que le seul traitement autorisé jusqu’ici, une crème réservée au visage et à une surface limitée, ne pouvait pas couvrir.
Quels résultats espérer ?
Ces chiffres proviennent d’essais cliniques comparés à un placebo. Ils décrivent des moyennes de groupe et ne prédisent pas la réponse d’une personne en particulier.
Dans la pelade, après six mois de traitement, environ 45 % des participants sous 15 mg et 54 % sous 30 mg avaient retrouvé au moins 80 % de leurs cheveux, contre 3 % environ sous placebo. Une repousse complète du cuir chevelu a été obtenue chez une partie des participants, ce qui n’avait pas encore été démontré dans cette famille de traitements. Les sourcils et les cils, souvent oubliés des évaluations alors qu’ils comptent beaucoup dans le regard porté sur soi, se sont également améliorés.
des participants sous 15 mg
avaient retrouvé au moins 80 % de leurs cheveux, contre 3 % environ sous placebo.
des participants sous 30 mg
avaient retrouvé au moins 80 % de leurs cheveux, contre 3 % environ sous placebo.
Dans le vitiligo, après un an, environ une personne sur cinq avait regagné au moins la moitié de sa pigmentation sur l’ensemble du corps, contre environ une sur dix-sept sous placebo. Sur le visage, environ une personne sur quatre avait regagné au moins les trois quarts de sa pigmentation. Un autre objectif, tout aussi important, était de stabiliser la maladie chez les personnes dont les taches continuaient de s’étendre.
Autrement dit : dans la pelade, on vise une repousse importante chez environ une personne sur deux à six mois. Dans le vitiligo, on vise d’abord l’arrêt de l’extension, puis une repigmentation partielle et progressive, à évaluer sur au moins un an.
Ce qu’il faut savoir
Ce que cela change pour les médecins généralistes
Ces deux maladies sont fréquemment vues en premier recours, et leur retentissement psychologique est souvent le motif réel de consultation. Trois messages utiles.
Une pelade étendue et un vitiligo qui continue de s’étendre relèvent d’un avis dermatologique. L’arsenal thérapeutique a profondément changé depuis 2022, ce qui rend cette orientation plus utile qu’auparavant, y compris chez des patients qui s’étaient entendu dire qu’il n’y avait rien à faire.
L’accès à ces traitements est désormais possible dès 12 ans, ce qui concerne directement les adolescents suivis en médecine de ville.
Enfin, l’annonce d’une nouvelle option suscite de l’espoir, parfois disproportionné. Restituer des ordres de grandeur réalistes, une repousse importante chez environ une personne sur deux dans la pelade, une repigmentation lente et partielle dans le vitiligo, fait partie de l’accompagnement.
Ressources
Association Française du Vitiligo
Écoute, information vérifiée, groupes de parole, ateliers et actualité de la recherche, portés par une association de patients active depuis 1991.
HappyReso, l’espace patients de RESO Dermatologie
Décryptages, formats courts et réponses aux questions que vous nous adressez sur les maladies inflammatoires de la peau.
Instagram : @happyreso
Le podcast « Dans la peau »
Le podcast de RESO Dermatologie, construit sur le regard croisé d’un patient et d’un dermatologue. Des épisodes sont consacrés à la pelade et au vitiligo. À écouter sur votre plateforme habituelle et sur reso-dermatologie.fr
En résumé
Dans la pelade, cette autorisation ajoute une troisième option à un arsenal constitué depuis 2022. Dans le vitiligo, elle ouvre une possibilité qui n’existait pas : un traitement par comprimés, donc adapté aux formes étendues. Dans les deux cas, l’étape suivante en France est celle du remboursement.
Si vous vivez avec l’une de ces maladies, la bonne démarche reste la même : en parler avec votre dermatologue, qui situera ces options dans votre parcours.
Bibliographie
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- Ezzedine K, Eleftheriadou V, Whitton M, van Geel N. Vitiligo. Lancet. 2015;386(9988):74-84.
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- Rosmarin D, Passeron T, Pandya AG, et al. Two phase 3, randomized, controlled trials of ruxolitinib cream for vitiligo. N Engl J Med. 2022;387(16):1445-1455.
- Programme de phase 3 UP-AA, upadacitinib dans la pelade sévère, résultats à 24 semaines, 2026. Référence de publication à compléter à la parution.
- Programme de phase 3 Viti-Up, upadacitinib dans le vitiligo non segmentaire, résultats à 48 semaines, présentés au congrès de l’American Academy of Dermatology, mars 2026. Référence de publication à compléter.
- Agence européenne des médicaments. Résumé des caractéristiques du produit, upadacitinib, mise à jour 2026, et conclusions de la réévaluation des inhibiteurs de JAK, janvier 2023.
- Haute Autorité de santé. Avis de la Commission de la transparence : baricitinib (2023), ritlécitinib (2024) et ruxolitinib crème (2023).
Auteur : Dalila Simonian, directrice développement et communication RESO.
Publié le 26/08/2026











