Maladie de Verneuil : symptômes, causes et traitements
La maladie de Verneuil est une maladie de peau chronique fréquente, mais encore très méconnue. Elle n’est ni contagieuse, ni un problème d’hygiène, ni un simple « problème d’abcès ». Elle doit son nom au chirurgien français Aristide Verneuil, qui l’a décrite en 1854. La comprendre permet de consulter plus tôt — un point décisif, car le diagnostic intervient souvent plusieurs années trop tard.
La maladie de Verneuil : ce que l’on sait aujourd’hui
La façon de comprendre cette maladie a profondément changé. On la croyait autrefois due à une simple « infection bactérienne chronique » ; cette vision est aujourd’hui abandonnée. On sait désormais qu’il s’agit d’une maladie inflammatoire chronique de la peau, à composante systémique (qui peut retentir sur tout l’organisme). Autrement dit : on ne traite plus seulement des abcès, on prend en charge une maladie inflammatoire à part entière.
Elle évolue par poussées et débute le plus souvent après la puberté. Concrètement, une poussée se traduit par l’apparition d’une ou plusieurs « boules » profondes, chaudes et douloureuses (nodules), qui peuvent gonfler, s’ouvrir et laisser s’écouler un liquide parfois malodorant (abcès), puis évoluer vers des fistules (des « tunnels » sous la peau) et des cicatrices. Les lésions reviennent souvent toujours aux mêmes endroits, ce qui explique le poids important de la maladie au quotidien.
Comment se forme une lésion ?
Tout part d’une cascade folliculaire : 1) le follicule pileux se bouche (hyperkératose) ; 2) il se rompt dans la profondeur de la peau, libérant son contenu et déclenchant une réaction inflammatoire intense (impliquant des messagers comme l’IL-1β et l’IL-17) ; 3) cette inflammation s’auto-entretient et, avec le temps, peut s’accompagner de 4) comorbidités systémiques (obésité, maladies digestives, atteintes articulaires, risque cardiovasculaire).
Une maladie fréquente. Elle concerne environ 1 % de la population adulte (de l’ordre de 300 000 personnes en France), touche surtout les femmes (environ 3 femmes pour 1 homme), avec un pic d’apparition vers 22 ans.
Un diagnostic encore trop tardif. Le délai entre les premiers signes et le diagnostic atteint en moyenne 7 à 12 ans. Au début, les lésions sont fréquemment prises pour de simples furoncles. Or chaque année de retard favorise la fibrose (cicatrices) irréversible : c’est tout l’enjeu d’un diagnostic précoce.
Où ?
Dans les grands plis, là où la peau frotte contre la peau : aisselles, plis de l’aine, région génitale et périnéale, fesses, et sous les seins.
Une part génétique
Il existe une prédisposition familiale, avec parfois l’implication de certaines voies de signalisation (gènes de la gamma-sécrétase, voie Notch). Des facteurs favorisent ou aggravent la maladie : tabac, surpoids, frictions et facteurs hormonaux.
Comment pose-t-on le diagnostic ?
Il est avant tout clinique : le médecin s’appuie sur l’aspect des lésions, leur localisation dans les plis et surtout leur caractère récidivant. Il n’existe pas de test sanguin spécifique. D’où l’importance de consulter un dermatologue dès que des lésions reviennent au même endroit.
À retenir : ce n’est ni contagieux, ni un manque d’hygiène. Ce n’est pas votre faute.
Les maladies associées
La maladie de Verneuil ne s’arrête pas à la peau : c’est une maladie inflammatoire « générale » qui s’associe souvent à d’autres atteintes. Les repérer permet une prise en charge plus complète.
- Obésité : présente chez environ 50 à 60 % des patients. Au-delà d’un facteur de risque, c’est un véritable amplificateur : le tissu graisseux entretient l’inflammation. Une perte de poids d’environ 10 % est associée à une amélioration de l’activité de la maladie — le contrôle du poids est donc un levier thérapeutique, pas un simple conseil.
- Syndrome métabolique (environ 35 à 40 %) et diabète : d’où l’intérêt d’un suivi cardio-métabolique.
- Maladies inflammatoires de l’intestin (MICI : maladie de Crohn, rectocolite ; environ 4 à 8 %), à évoquer en cas de troubles digestifs persistants.
- Rhumatismes inflammatoires (atteinte articulaire, environ 10 à 15 %), surtout en cas de douleurs articulaires ou du dos.
- Santé mentale : dépression et anxiété concernent 30 à 50 % des patients, en lien avec la douleur, la gêne et l’impact social — à aborder sans tabou.
- Chez certaines femmes : syndrome des ovaires polykystiques (SOPK) et déséquilibres hormonaux.
Un point de vigilance utile à connaître. Les lésions péri-anales de la maladie de Crohn et celles de la maladie de Verneuil peuvent se ressembler. Avant de débuter certains traitements ciblant l’IL-17, le médecin s’assure qu’il n’existe pas de MICI associée — c’est une précaution importante du suivi.
Un retentissement majeur. Douleur, troubles du sommeil, impact sur le moral, la vie sociale, professionnelle et intime : ce poids est réel même dans les formes considérées comme modérées. Pour toutes ces raisons, un bilan global est souvent recommandé, au-delà du seul examen de la peau.
La mesure de la sévérité : une approche qui évolue
Bien mesurer la maladie est essentiel pour décider du traitement et suivre son efficacité. Aujourd’hui, on combine quatre outils complémentaires plutôt qu’un seul.
Hurley : l’anatomie (une « photo » figée)
La classification de Hurley décrit l’étendue des lésions en 3 stades : Hurley I (environ 55 % des diagnostics : nodules/abcès isolés, sans fistule ni cicatrice), Hurley II (environ 30 % : lésions récidivantes avec fistules et cicatrices, mais séparées) et Hurley III (environ 15 % : lésions étendues et interconnectées, souvent irréversibles).
Sa limite : Hurley décrit l’anatomie, pas l’inflammation. Deux patients « Hurley II » peuvent avoir des maladies inflammatoires très différentes — d’où le risque de sous-estimer l’activité réelle, surtout aux stades précoces.
IHS4 : l’activité inflammatoire (un score dynamique)
Le score IHS4, plus récent, mesure l’activité du moment. Il compte les lésions actives en les pondérant et se calcule en moins de 2 minutes en consultation :
Interprétation : ≤ 3 = léger, ≥ 4 = modéré, ≥ 11 = sévère.
HiSCR : la réponse au traitement
Le HiSCR mesure si un traitement marche. Le HiSCR50 correspond à une réduction d’au moins 50 % du nombre d’abcès et de nodules (sans aggravation). On vise ensuite des objectifs plus exigeants : HiSCR75, puis HiSCR90 (rémission profonde).
DLQI et NRS douleur : l’impact réel sur la vie
Au-delà des lésions, on évalue le retentissement : le DLQI mesure la qualité de vie (un DLQI ≥ 10 signe un impact majeur) et l’échelle NRS mesure la douleur (objectif d’une douleur < 3 en rémission). Ces repères permettent de personnaliser le suivi.
En résumé : Hurley décrit l’anatomie, l’IHS4 la mesure, le HiSCR évalue la réponse, et le DLQI (avec la douleur) son impact réel. Quatre angles complémentaires pour une photo complète de la maladie.
La prise en charge médicale en France aujourd’hui
Important : il n’existe pas, à ce jour, de traitement permettant de guérir définitivement la maladie. En revanche, on dispose de plusieurs leviers pour contrôler les poussées, soulager et améliorer la qualité de vie, adaptés au stade et à chaque personne.
Le socle (1re ligne)
Le traitement médical associe le plus souvent des antibiotiques (utilisés ici surtout pour leur effet anti-inflammatoire, en cures parfois prolongées et sur prescription), des antiseptiques locaux, des antalgiques pour soulager la douleur, et des pansements adaptés aux écoulements. En cas de nodule très inflammatoire, une injection locale de corticoïde peut calmer rapidement la poussée. Chez certaines femmes, des traitements hormonaux peuvent être discutés au cas par cas.
La chirurgie
Quand des lésions sont installées (fistules, « tunnels », cicatrices), la chirurgie complète souvent le traitement médical. Selon l’étendue, le geste va de l’ouverture d’un tunnel (« deroofing », peu invasif) à l’ablation plus large de la zone atteinte. La cicatrisation peut être longue et nécessite un suivi de pansements ; l’objectif est de retirer les foyers chroniques que les médicaments seuls ne font pas disparaître.
L’hygiène de vie
Elle fait partie intégrante du traitement : l’arrêt du tabac (avec aide au sevrage si besoin), la gestion du poids, le choix de vêtements amples limitant les frottements, des soins locaux doux et une bonne prise en charge de la douleur. Ces mesures ne « guérissent » pas la maladie, mais elles peuvent réduire la fréquence et l’intensité des poussées.
Une stratégie « Treat-to-Target » (traiter vers un objectif)
La prise en charge moderne ne se contente plus de calmer les poussées : elle vise des objectifs précis, réévalués à dates fixes. En pratique, on instaure le traitement, on évalue la réponse vers la 16e semaine (HiSCR50 attendu), puis on vise une rémission profonde (HiSCR90, douleur < 3, DLQI < 5). Une réponse seulement partielle n’est pas un échec : c’est une indication à optimiser (ajuster la dose, la fréquence, ou changer de molécule). Le message clé : une réévaluation précoce évite de perdre du temps — et donc des cicatrices.
Une équipe pluridisciplinaire
La maladie se gère le mieux à plusieurs autour du patient : dermatologue (médecin « pilote ») et chirurgien ; médecin de la douleur et infirmier·ère pour les pansements ; psychologue, nutritionniste et tabacologue ; et, selon les cas, gastro-entérologue ou rhumatologue. S’y ajoute l’éducation thérapeutique, qui aide à mieux comprendre la maladie, repérer les poussées et adapter le quotidien. L’idée : traiter la peau, mais aussi tout ce qui pèse autour.
Les biothérapies (formes modérées à sévères)
Pour les formes modérées à sévères, généralement en 2e ligne après échec de l’antibiothérapie, des biothérapies ciblent directement l’inflammation : adalimumab (anti-TNF), sécukinumab et bimékizumab (anti-IL-17). En France, ces trois traitements sont désormais disponibles et remboursés dans l’hidradénite suppurée (HAS, 2025).
Concrètement, ces médicaments s’administrent par injections ; l’amélioration s’observe sur plusieurs semaines. Ils ne guérissent pas définitivement et leur efficacité peut diminuer avec le temps chez certains patients, d’où l’importance d’un suivi régulier et, parfois, d’un changement de molécule. On parle de « fenêtre d’opportunité » : le meilleur biologique est celui qui est introduit avant l’installation des cicatrices irréversibles.
Le choix du traitement dépend souvent du patient, pas seulement de la peau
À efficacité comparable sur la peau, le choix de la biothérapie tient compte des maladies associées. Quelques exemples de logique de décision :
- Maladie de Crohn associée (ou suspectée) : l’adalimumab est privilégié car il a une double indication (peau + intestin). Un avis gastro-entérologique est demandé avant d’introduire un anti-IL-17.
- Rhumatisme inflammatoire associé : un anti-IL-17 (sécukinumab ou bimékizumab) est souvent intéressant, en lien avec le rhumatologue.
- Obésité sévère ou diabète mal contrôlé : on optimise en parallèle le poids et le contrôle du diabète (la perte de poids agit directement sur l’inflammation, parfois avec l’aide de médicaments de type GLP-1).
Les pistes de développement
La recherche est aujourd’hui très active. Après l’ère des anti-TNF, puis celle des anti-IL-17, de nouvelles voies sont explorées. Plusieurs molécules sont à l’étude dans des essais cliniques (pas encore disponibles en pratique courante), avec un objectif clair : davantage d’options, dont des traitements oraux, pour les patients mal contrôlés.
- Comprimés inhibiteurs de JAK (par exemple povorcitinib) : pris par voie orale, ils bloquent une voie clé de l’inflammation (JAK-STAT) et pourraient offrir une alternative aux injections.
- Nouvelles biothérapies ciblant d’autres messagers de l’inflammation, comme l’inflammasome NLRP3 / l’IL-1β (par exemple lutikizumab, spésolimab) ou un double blocage IL-17A/F.
L’enjeu de demain est aussi de mieux personnaliser le traitement, en choisissant la molécule la plus adaptée à chaque profil. Les patients intéressés peuvent demander à leur dermatologue s’ils sont éligibles à un essai clinique.
Les attentes : douleur, accès aux soins et prise en charge globale
Mieux reconnaître et traiter la douleur. La douleur chronique est au cœur de cette maladie et pèse sur le sommeil, l’humeur et la vie quotidienne. Elle doit être évaluée systématiquement et traitée pour elle-même, au même titre que les lésions de la peau — y compris, si besoin, avec l’aide d’un médecin de la douleur.
Raccourcir le délai de diagnostic. La maladie reste mal connue : au début, les lésions sont prises pour de simples furoncles, ce qui explique un retard fréquent de plusieurs années. Mieux informer le grand public et les professionnels permet des diagnostics plus précoces — et donc moins de séquelles.
Faciliter l’accès aux soins. Accès au dermatologue, aux centres et réseaux de soins spécialisés (par exemple ResoVerneuil en France), et accès effectif aux traitements remboursés : ce sont des conditions essentielles pour une prise en charge de qualité, partout sur le territoire.
Une prise en charge globale. Au-delà de la peau : soutien psychologique, accompagnement nutritionnel et au sevrage tabagique, éducation thérapeutique, écoute et information. Les associations de patients jouent ici un rôle essentiel contre l’isolement et pour faire entendre la voix des malades.
Vrai ou faux
C’est juste de mauvais abcès, un problème d’hygiène.
FAUX. C’est une maladie inflammatoire chronique. Les abcès sont une conséquence, pas la cause, et l’hygiène n’est pas en jeu. Ce n’est pas votre faute.
C’est contagieux.
FAUX. Elle concerne environ 1 % de la population : fréquente, mais sous-diagnostiquée.
C’est une maladie rare.
FAUX. Elle concerne environ 1 % de la population : fréquente, mais sous-diagnostiquée.
C’est une forme d’acné classique.
FAUX. Le surnom « acné inversée » prête à confusion : le mécanisme et les zones touchées diffèrent de l’acné du visage.
Le tabac n’a rien à voir.
PLUTÔT FAUX. Le tabac est un facteur favorisant reconnu ; l’arrêt est recommandé.
Des antibiotiques et c’est guéri.
FAUX. Les antibiotiques soulagent l’inflammation mais ne guérissent pas la maladie, qui est chronique.
Foire aux questions
La maladie de Verneuil est-elle grave ?
Elle n’est pas mortelle en elle-même, mais elle peut être très douloureuse et invalidante, avec un fort retentissement sur la qualité de vie. Sa sévérité varie d’une personne à l’autre ; une prise en charge précoce limite les complications et les cicatrices.
La maladie de Verneuil se guérit-elle ?
Pas définitivement à ce jour. Les traitements actuels permettent toutefois de bien contrôler les poussées et d’améliorer le quotidien, surtout lorsque la prise en charge est précoce.
Quels sont les premiers signes de la maladie de Verneuil ?
Des nodules ou des abcès douloureux qui reviennent toujours aux mêmes endroits (aisselles, plis de l’aine, fesses, sous les seins), parfois avec des écoulements. Le caractère récidivant doit alerter.
La maladie de Verneuil est-elle contagieuse ?
Non. Elle ne se transmet pas d’une personne à l’autre et n’est pas liée à un manque d’hygiène.
La maladie de Verneuil est-elle héréditaire ?
Il existe une part génétique : des antécédents familiaux sont retrouvés dans environ 30 à 40 % des cas. Avoir un proche atteint n’implique cependant pas que l’on développera forcément la maladie.
Quel médecin consulter pour la maladie de Verneuil ?
Le dermatologue est le spécialiste de référence. Le médecin traitant peut orienter et coordonner le parcours de soins, en lien avec les autres professionnels concernés.
À retenir
- Une maladie fréquente, chronique et méconnue.
- Ni hygiène, ni contagion : ce n’est pas votre faute.
- Une prise en charge pluridisciplinaire + une hygiène de vie adaptée.
- Des biothérapies qui changent la donne dans les formes modérées à sévères.
- Un diagnostic précoce = moins de séquelles.
Concerné·e, ou proche de quelqu’un qui l’est ? Parlez-en à un dermatologue.
Sources scientifiques (revues à comité de lecture)
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Ressources institutionnelles et grand public
Haute Autorité de Santé (HAS) — avis de la Commission de la Transparence (adalimumab, sécukinumab, bimékizumab dans l’hidradénite suppurée). www.has-sante.fr
Institut Pasteur — fiche maladie « Maladie de Verneuil ». www.pasteur.fr
Société Française de Dermatologie — Dermato-Info, « Hidradénite suppurée ». dermato-info.fr
Fondation pour la Recherche Médicale (FRM) — « Maladie de Verneuil ». www.frm.org
Associations de patients : Solidarité Verneuil ; Association Française pour la Recherche sur l’Hidrosadénite (AFRH).
Notes : prévalence d’environ 1 % de la population ; retard de diagnostic de plusieurs années ; les molécules en essai (inhibiteurs de JAK, nouvelles biothérapies) ne sont pas encore disponibles en pratique courante. Le statut d’autorisation et de remboursement peut évoluer : à vérifier au moment de la publication.
Contenu informatif — ne remplace pas un avis médical. Dernière mise à jour : mai 2026.
Auteur : d’après une communication du Dr Christian Dorado-Cortez, CHU Saint- Etienne
Publié le 02/06/2026















