Passage de l’infliximab intraveineux à la forme sous-cutanée dans la maladie de Verneuil : étude rétrospective multicentrique française
Dans la maladie de Verneuil (hidradénite suppurée) modérée à sévère, l’infliximab fait partie des traitements utilisés hors AMM. Jusqu’ici administré par perfusion intraveineuse (IV), il dispose désormais d’une forme sous-cutanée (SC), déjà validée dans d’autres maladies inflammatoires comme la polyarthrite rhumatoïde, les MICI, la spondyloarthrite ou le psoriasis.
Restait une question concrète, à laquelle aucune donnée ne répondait : peut-on faire basculer en sécurité un patient atteint de Verneuil de la forme IV vers la forme SC ?
Une étude rétrospective multicentrique française, conduite dans 8 centres de dermatologie sous l’égide du groupe HS-France et de ResoVerneuil, apporte les premiers éléments de réponse. Elle a pu être menée grâce à l’appel à cas lancé par le Dr Charles Cassius.
Ce qu’a observé l’étude
Trente-six patients ayant effectué ce changement entre août 2021 et octobre 2025 ont été suivis (âge moyen 37,5 ans, 58 % au stade Hurley III). La motivation principale du passage en sous-cutané était d’alléger la contrainte des venues répétées en hôpital de jour. L’activité de la maladie a été mesurée à l’aide du score IHS4.
Après un suivi moyen de 17 mois, près des deux tiers des patients (64 %) poursuivaient toujours le traitement sous-cutané. L’enseignement majeur : ce qui prédit le succès du switch, ce n’est ni la dose sous-cutanée ni la durée du traitement IV antérieur, mais l’état de la maladie au moment de la bascule. Chez les patients dont la maladie était bien contrôlée (IHS4 ≤ 3), le traitement était maintenu dans 79 % des cas, contre seulement 22 % lorsque la maladie était encore active (p = 0,005).
Autre point rassurant : parmi les patients en échec d’emblée sous forme sous-cutanée, près de la moitié (43 %) ont retrouvé le contrôle de leur maladie après réintroduction de la forme intraveineuse. Le switch n’est donc pas une décision irréversible.
Un bénéfice qui dépasse l’efficacité
Au-delà du contrôle de la maladie, la voie sous-cutanée présente un intérêt organisationnel réel. Par analogie avec les données issues des MICI, elle réduit le nombre de passages en hôpital de jour, diminue les coûts d’administration et améliore la satisfaction des patients, autant d’arguments en faveur d’un parcours de soins allégé.
Les auteurs restent prudents et rappellent les limites de ce travail : caractère rétrospectif, usage hors AMM, effectif modeste, analyses univariées, absence de dosages sériques systématiques et protocoles de dose non harmonisés entre les centres.
À retenir
Le passage de l’infliximab intraveineux à la forme sous-cutanée est une option envisageable dans la maladie de Verneuil, à condition que la maladie soit bien contrôlée au moment de la bascule (IHS4 ≤ 3). Lorsque la maladie reste active, le risque d’échec est élevé : mieux vaut renforcer la surveillance, voire différer le switch. Et en cas d’échec sous forme sous-cutanée, le retour à la voie intraveineuse permet souvent de reprendre le contrôle.
Rappelons enfin que l’infliximab, sous l’une ou l’autre forme, reste utilisé hors AMM dans la maladie de Verneuil : sa prescription relève d’une décision spécialisée, à discuter au cas par cas avec le patient.
Reguiai Z, et al. Switching from intravenous to subcutaneous infliximab in hidradenitis suppurativa: A French multicenter retrospective study. J Am Acad Dermatol. 2026.
15/06/2026





